Thomas Kling

Échange longue distance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ceux qui ont écouté dans les mortiers,

liaison permanente avec l'avenir, pour

connaître leur sort (unique) : que se

diraient les semis de pavot ? l'un à l'autre ?

liaison directe, les bruits du pilon, ce

chuchotement, ce murmure dans l'oreille.

 

Quand Échange longue distance paraît en 1999, Thomas Kling vit depuis quatre ans dans l'ancienne base de fusées de Hombroich, au cœur de la mégalopole de la Ruhr. Il a installé son bureau dans le mirador où il observe le monde, compulse ses archives et prépare ses derniers grands recueils. Il s'est lancé dans une ambitieuse entreprise d'archéologie de la langue allemande, où la poésie dispute aux sciences humaines et aux sciences naturelles la représentation légitime de la réalité. Qu’est-ce que la poésie, qu’est-ce que la littérature ? Kling choisit de répondre en reporter. Il plonge dans le passé, dans les tranchées de Verdun. L’histoire est un tombeau ouvert, il la regarde dans les yeux. Kling ne maquille pas ses sources, il n’efface pas ses traces, au contraire, il fait ce que ne font pas les poètes, il les révèle. Albums, cartes postales, images d’archives : les archives sont les veines de l’histoire. Il cherche à lever le brouillard. Il cherche le cœur d’un pays bouleversé par l’histoire. Il cherche le temps niché derrière les visages. Nous sommes lecteurs et spectateurs investis, projetés au centre de cette maison du langage, à l’intérieur du temps, objets sensibles et vivants dans la matière sensible de l’histoire. Kling nous révèle notre réalité, profonde, résonnante et éclatée. Archéologue radical, démiurge pop, savant instinctif, écrivain furieux, Thomas Kling c’est ça : magie crânienne.

 

2016, Traduit de l'allemand et postfacé par par Aurélien Galateau, préface de François Heusbourg

104 p., 17x24cm, ISBN 9782877041720, 20 €