Hugo Friedrich

Né en 1904, Hugo Friedrich appartient avec Erich Auerbach, Ernst Robert Curtius ou encore Leo Spitzer à la tradition des grands romanistes allemands. Professeur à l'Université de Fribourg en Brisgau de 1937 jusqu'à sa mort en 1978, il est notamment connu pour sa monographie sur Montaigne (1949) et pour son essai sur la Structure de la poésie moderne (1956). Philologue, historien des idées et théoricien de la littérature, spécialiste de Dante et de la poésie italienne, Friedrich a consacré une grande partie de son œuvre à la littérature et à la pensée française. De Montaigne à Valéry, il s’est attaché à en reconstituer le cheminement suivant la polarité forgée par les moralistes du siècle classique et les penseurs des Lumières.

L'art de la traduction

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il sera question ici de l'art de la traduction. On entend par là un processus qui appartient à la littérature. La littérature commence là où la langue libère des forces dont elle n'aurait pas besoin pour des échanges purement factuels, et qui, même lorsqu'elles ont une finalité, la dépassent par la liberté de l'art, cette liberté tournée vers elle-même qui efface en même temps la finalité qu'elle sert. La traduction littéraire s'expose aussi et même tout particulièrement au danger qui survient aux frontières internes entre les langues. L'art de la traduction ne peut donc pas non plus échapper aux impossibilités objectives de traduction qui apparaissent entre les langues. 

 

Est-il possible de définir une esthétique de la traduction ? Telle est la question que pose Friedrich  dans sa conférence sur L'Art de la traduction donnée à l'Académie des sciences de Heidelberg en 1965. Après avoir dressé un bref panorama de l’histoire de la traduction littéraire, il se penche sur la traduction d’un sonnet de Louise Labé par Rainer Maria Rilke. Il révèle les imprécisions, les écarts – ce qu’on appelle malheureusement les libertés – qui conduisent à un détournement d’autorité opéré par Rilke sur le poème de Labé. Reprenant à son compte l’héritage des Lumières françaises et du Romantisme allemand, Friedrich souligne que traduire, c’est accepter « l’égale légitimité » des langues au-delà de leur importance culturelle, ce qui permet d’apaiser les relations entre elles – et par extension entre ceux qui les parlent. Comme le dira plus tard Antoine Berman, pratiquer une langue autre que la sienne, c’est accepter et cultiver une part d’étranger en soi.

 

2017, traduit de l'allemand et postfacé par Aurélien Galateau, préface de Jean-Louis Giovannoni et François Heusbourg

48 p., 15x21 cm, 9782877041836, 11 €