René Daumal

Né à Boulzicourt (Ardennes) en 1908, René Daumal passe son adolescence à Reims, et s’engage dès cette époque dans l’aventure littéraire avec ses condisciples Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vailland et Robert Meyrat. Au printemps 1924, les quatre amis fondent le simplisme dont ils se disent les « phrères », multiplient les expériences d’écriture, mais aussi celles des limites, en mêlant alcools, drogues, explorations nocturnes, provocations et idées fixes, pour atteindre au « dérèglement de tous les sens  » cher à Rimbaud. En découvrant le premier numéro de La Révolution surréaliste, ils constatent qu’ils ne sont pas les seuls à explorer certains champs. En 1925, Daumal et Vailland poursuivent leurs études à Paris, où les rejoint bientôt Gilbert-Lecomte. En compagnie de nouvelles recrues, dont le peintre Josef Šíma, ils fondent, fin 1927, le groupe « Le Grand Jeu » et sa revue éponyme – lieu fondamental pour rendre compte méthodiquement, et poétiquement, de leurs expériences et de leurs visions placées sous le signe de ce qu’ils nomment « la métaphysique expérimentale ». Le Grand Jeu prend fermement ses distances avec le surréalisme, provoquant le désarroi d’André Breton qui multiplie les tentatives de séduction et les coups bas pour annexer, en vain, les principaux animateurs du groupe au sien. En 1930, Daumal fait la connaissance d’Alexandre de Salzmann qui l’initie à l’enseignement de Gurdjieff, et se lance peu à peu dans un mode d’existence et de travail qu’il considère comme l’accomplissement vital de sa quête métaphysique. Engagé comme attaché de presse du danseur indien Uday Shankar, il l’accompagne en tournée durant l’hiver 1932-1933 aux États-Unis, au moment même où le Grand Jeu périclite, puis s’installe à Genève avec sa compagne Vera, loin des milieux littéraires parisiens et de leurs querelles. De retour en France en 1936, il publie un livre de poèmes, Le Contre-Ciel, puis un récit féroce et hilarant, La Grande Beuverie, en 1939. Diagnostiqué tuberculeux la même année, il meurt à Paris en 1944, laissant un roman inachevé, Le Mont Analogue, qui paraîtra en 1952. Son œuvre est majoritairement posthume.