Henri Michaux

Coups d'arrêt, suivi de Ineffable vide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En regardant la Grande Figure, on s’enfonce. Beaucoup déjà sont enfoncés. A quel point,

ils ne le savent pas : ils parlent encore.

Ceux qui sont destinés à être collés sur les murs de la Cité, c’est avec des déchets qu’ils

seront nourris. On les a habitués à cette nourriture. Ca doit leur suffire.

 

 

Nous rassemblons ici deux textes qui semblent placer dos à dos l'absence d’avenir et la mystique de l'homme. Si dans Ineffable vide (1969) Michaux nous parle du glissement du physique au métaphysique d’une humanité délivrée de sa finitude, Coups d’arrêt (1975) expose un effondrement, un paysage de destruction envahi par les machines et débarrassé du sacré. Quand la matière cède, il ne reste que le vide, le vide absolu qui est une « délivrance », dit Michaux dans son texte de 1969, en poussant l’homme au plus grand détachement, notamment par la prise de drogues ou de plantes spiritualisantes, qui ouvre à la transcendance. Mais « on est là, où l’on ne peut être sans disparaître » répond Coups d’arrêt. L’homme se précipite dans son anéantissement, sans la moindre passerelle de survie vers le sacré. Michaux évoque dans une tonalité prophétique implacable une humanité entassée sur sa perte, s’étouffant elle-même de sa croissance, de son expansion. Elle atteint sa limite, elle meurt par omniprésence. Nul vide cette fois-ci, derrière, ou au-delà, pour la sauver. « D’un continent on s’évade. De l’espèce, non. »

 

 

2018

40 p., 16 x 11 cm, 9782877041904, 10 €